jeudi 28 janvier 2021

Billet n°1 : Sur les relations de couple et le désir d'enfant

 Les blogs personnels ne sont plus à la mode, peu importe. 

La nécessité de coucher par écrit ce que je ressens s'est imposée de manière impérieuse. 

L'écriture s'est largement démocratisée avec Internet. Contrairement à ce qu'on pensait, de plus en plus de personnes allaient écrire, se faire connaître, et même produire leurs propres ouvrages via l'auto-édition.

Lorsque j'avais 10 ans, j'écrivais comme je respirais et avais écrit plusieurs nouvelles. Ensuite, j'ai écrit sur ce blog quelques billets sur des séries ou des films. 

J'ai poursuivi l'écriture sur des cahiers, à la façon "journal intime", après l'abandon de ce blog. Pourquoi? le sentiment de manquer de légitimité. Pourquoi parler de quelque chose sur lequel aujourd'hui tout le monde peut se prononcer? En quoi ma voix serait-elle utile ? L'écriture et la parole sont donnés à tout un chacun, et il semble que leur valeur diminue d'autant. Ce qui fait la force aujourd'hui, c'est le groupe, le nombre de personnes qui "likent" ou "retweetent" le propos, pas nécessairement la "voix" qui l'exprime. 

Parler pour ne rien dire, écrire pour ne rien dire, ou des banalités. 

J'écoutais un podcast sur la situation de confinement en couple, et c'est le déclencheur de ce premier billet. 

Le podcast évoque les difficultés du couple et la posture à adopter en cas de décision de séparation durant cette période, vis à vis du conjoint et des enfants. 

La question qui me taraude depuis quelques temps est : ai-je envie d'avoir des enfants ? et si j'en ai envie, est-ce une injonction de la société, un biais cognitif ou un véritable désir ?

Lorsque j'étais en couple, je l'ai été pendant 4 ans, nous ne souhaitions pas envisager le mariage, ni les enfants, tant que notre situation ne serait pas "stable". Nous plaisantions allègrement sur la chance que nous avions d'être "libres de toute contrainte". 

La séparation n'a pas été difficile les premiers temps, mais s'est faite de plus en plus pesante au fur et à mesure que les mois passaient. J'ai connu une personne qui a tenté de me réconcilier avec l'idée du couple, et je l'aurais cru volontiers si cette personne avait souhaité aller plus loin. C'était tout ce que je désirais.

Par dépit, par frustration peut-être, j'ai commis des erreurs ensuite qui m'ont coûté très cher sur le plan psychologique. Je serais mère célibataire aujourd'hui, si je n'avais pas pris la décision de faire machine arrière. Dès que je tombe sur un article critiquant l'intervention volontaire de grossesse, je ne peux empêcher mon coeur de se serrer. 

J'aurais tellement souhaité que les choses se passent autrement, "normalement" comme pour une partie des couples qui accueillent un enfant, sans que les premières semaines se passent dans une détresse totale, ponctuées de larmes chaque jour que Dieu fasse. 

Certes, j'avais le choix mais à quel prix? N'était-ce pas faire preuve d'égoïsme que d'accueillir un enfant dans un environnement monoparental, relativement pauvre pour lui, juste pour le plaisir d'avoir "son" enfant ?

Si cela ne s'était pas produit, aurais-je envie d'avoir un enfant ? En ai-je encore envie aujourd'hui? Je n'en suis plus certaine. Je pensais à une époque que la "libération" et l'indépendance de la femme se matérialisait notamment par le fait qu'elle puisse avoir et élever un enfant seule, sans le carcan d'un couple.

Or, j'ai pu voir de jeunes couples, ayant désiré un enfant, et dont l'éducation est prise en charge par chaque membre du couple à parts égales (ou s'efforce de l'être).

Là aussi, mon coeur se serre lorsqu'en dépit des vicissitudes de la vie, je peux voir qu'un tel projet est possible. 

J'ai rencontré aussi des couples qui ont pris le parti de ne pas avoir d'enfant, pour diverses raisons : la situation économique et sociale, les bouleversements climatiques, la démographie...D'autres encore ont choisi d'adopter. Plutôt que de faire naître une "bouche à nourrir", pourquoi ne pas aider ceux que l'on a abandonné? 

J'aurais aimé être dans la "team option 1" mais ces dernières positions s'entendent et de manière raisonnée, je peux me ranger à leurs arguments. Une fois un certain âge passé, il peut sembler plus rationnel de ne pas avoir d'enfant ou alors d'en adopter.

Se mettre durablement en couple sans jamais avoir d'enfant, qu'il soit adopté ou non, me paraît être du gâchis. On abandonne toute idée de transmission et cela me serre le coeur, encore une fois.

Pour l'instant, je suis dans la "team option 0", pas de couple, pas d'enfant. Je suis pétrie de paradoxes. Je m'attache aux personnes qui ne sont pas en capacité de faire des projections pour l'avenir et lorsque je rencontre quelqu'un qui l'est, j'ai peur de m'engager avec cette personne et je détale en courant. 

Je lisais un livre ces derniers temps qui s'intitule "La fin de l'amour" d'Eva Illouz. L'auteure met en exergue la consumérisation des relations. Le sexe et la relation avec l'autre de manière générale est devenu un objet de consommation rapide via les réseaux type Happn, Tinder, Adopteunmec, etc., sans même qu'il n'y ait à recourir aux "professionnel(le)s du sexe" ou à des escorts. Selon son étude, la liberté sans entrave emprisonne l'individu dans un cycle sans fin de "non-relations". L'idée selon l'auteure est que l'on applique le même raisonnement qu'avec n'importe quel autre bien de consommation : par exemple "Si je peux avoir accès à l'ensemble du catalogue Tinder, pourquoi me fixer avec tel ou tel individu?" 

En outre, selon elle, ces horizons illimités conduisent à une évaluation lapidaire de n'importe quel individu. "Si 500 autres personnes sont disponibles, pourquoi perdre son temps avec une seule personne ?" Le moindre défaut ou petit accroc devient une fin de non-recevoir. Notre habitude du "like" nous rendrait moins patient, moins empathique, plus prompt à "zapper" à n'importe quel moment.

To be continued...


dimanche 8 mars 2020

Something in the rain (Pretty Noona Who Buys Me Food - in Korean)



Attention : cet article présente plusieurs spoilers !

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NB : le titre coréen du drama se traduit littéralement par "Pretty Noona Who Buys Me Food" :) -  Joon Hui appelle à plusieurs reprises Jin-Ah "Noona" ("grande soeur") par ailleurs, du fait de leur différence d'âge. 

Résumé de l'intrigue :
Jin-Ah et Joon Hui se connaissent depuis l'enfance. Jin-Ah a pour meilleure amie la soeur de Joon Hui. Ce dernier rentre des Etats-unis après trois ans passés là-bas. Lorsque Jin-Ah et Joon Hui se retrouvent, leur amitié "quasi fraternelle" se transforme sous l'effet de leur attirance l'un pour l'autre.

Parallèlement, Jin-Ah et ses collègues luttent contre le harcèlement sexuel sévère de la part de leurs supérieurs masculins, une attitude qui semble considérée tacitement comme normale dans les entreprises sud-coréennes.


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Renouer avec les dramas coréens dix ans plus tard. Retrouver la lenteur et la délicatesse des réalisations, le jeu empathique des acteurs. Les coréens savent toujours autant sublimer la beauté des sentiments, qu’il s’agisse du sentiment amoureux, fraternel, amical.

L’amour « pur » existe-t-il encore après l’âge de 30 ans ? Ce drama nous affirme que oui.

Le drama Something in the rain souffre des défauts de ses qualités. Éloge de la lenteur et de la beauté du moment. Une bande originale (et un générique) délicieusement rétro mais malheureusement trop limitée par rapport à la durée du Drama.
Il aurait probablement fait un merveilleux film ou alors un Drama avec des épisodes moins longs (ici 1h20 en moyenne l’épisode au lieu de 50 min habituellement pour un k-drama)

Les premiers épisodes sont merveilleux et laissent le téléspectateur sur un petit nuage. La relation du couple principal est belle, sensible et touchante. 
Les acteurs n’y sont pas pour rien et si j’avais des préjugés quant à l’alchimie du couple, mes craintes se sont vites dissipées. Son Ye Jin excelle quelque soit son partenaire à l’écran.


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Le Drama a d’autres mérites que la seule histoire d’amour entre les deux personnages principaux et principalement la dénonciation du harcèlement sexuel au travail.




Ce Drama date de 2018 et l’on sent que le mouvement #metoo a fait des émules. Le drama à côté de l'histoire d'amour raconte le combat de l'héroïne pour sortir de son statut de victime, statut flagrant dès les premières scènes du drama :
- victime des gestes déplacés de ses supérieurs hiérarchiques,
- victime ("paillasson") face à son petit ami avocat qui la trompe avec une autre,
- victime face à ses parents qui lui reprochent ce pourquoi elle n'aurait justement pas besoin de s'excuser!

Elle se retrouve par ailleurs dans des situations incongrues telle que l’intrigue du téléphone qu’elle ne peut changer et racheter elle-même car il est au nom de son ex...Cette épisode m’a laissée perplexe...ne pouvait elle le jeter et s’en acheter un autre elle-même? Non il fallait qu’un homme le lui en rachète un...

Finalement, au-delà de cela, ce drama est l'histoire d'une jeune femme sympathique et banale de 35 ans qui vit chez ses parents et a très peu confiance en elle, avec une tendance systématique à se rabaisser et à n’exister que par les autres, ainsi qu’à subir la pression sociale de sa famille et de ses amis pour qu’elle se marie (à 35 ans on est supposé être « vieille »). Cet aspect omniprésent rend l'héroïne pathétique dans de nombreuses situations.
Le mérite du drama est finalement de voir l'héroïne évoluer et s'envoler de ses propres ailes; même si cela doit se faire aux dépens de ses sentiments pour See Joon Hui.

Car sa relation avec Seo Joon Hui, le frère de sa meilleure amie, qu'elle connaît depuis plus de 20 ans, va servir de déclencheur et la "faire devenir adulte".




L'intrigue sur la différence d'âge a au final peu d'intérêt au fur et à mesure que le drama avance, puisque ce n'est pas le réel grief de la famille de Jin-Ah. Le drama en fait une telle histoire au début que j’imaginais qu’ils avaient au moins dix ans d’écart alors que le synopsis confirme qu’ils n’en ont que quatre (elle 35 et lui 31...).

Le drama aurait gagné à être plus court, l’entêtement de la mère de Jin-Ah pour les séparer est insupportable mais compréhensible au fur et à mesure des épisodes (9 à 14). Contrairement à certains avis sur la Toile, je n'ai pas trouvé ces épisodes inutiles et redondants mais bien nécessaires au développement de l'histoire.

Ils démontrent encore de nos jours l'importance pour les familles sud-coréennes de la progression dans l'échelle sociale (épouser quelqu'un qui a fait de longues études, a un poste à responsabilités, vient d'une famille aisée, etc.). Rien de nouveau sous la pluie, toutefois la cruauté de ces critères et des préjugés à l'égard de quasi "orphelins" que sont Joon Hui et sa soeur est mise en exergue : la famille de Jin-Ah connaît Joon Hui et sa soeur depuis qu'ils sont tout petits et les ont considérés comme des membres de leur famille...ils connaissent leurs caractères et leurs valeurs...et il n'empêche que la mère de Jin-Ah les traitera comme des chiens errants lorsque Joon Hui aura le malheur de s'afficher en couple avec Jin-Ah.
Bref, entendre que dans la société coréenne du XXIème, être "quelqu'un de bien" avec un job sérieux n'est pas suffisant est assez difficile à accepter; tellement cela paraît bien archaïque.
On retrouve l'idée de "la fusion-acquisition" que le mariage est censé représenter dans certains milieux aisés (cf. le k-drama Secret Garden par ex)

La fin de l'avant-dernier épisode et le dernier épisode m'ont laissée perplexes quant à la fin de la relation entre les deux personnages principaux, qui n'est pas du tout explicitée. Les personnages se quittent en bons termes à l'épisode 15 du fait du départ précipité de See Joon Hui pour les USA et ne se donnent plus de nouvelles pendant trois ans. Line et Skype ne fonctionnent plus, WTF ?!
Objectivement, les USA ne sont pas si loin et une relation à distance si elle n'est pas confortable, est envisageable. Il aurait été plus cohérent que la relation prenne fin potentiellement à distance. Or, aucun n'affirme de manière ferme vouloir rompre et tirer un trait sur ses sentiments : Yoon Jin-A refuse simplement de s'enfuir sur un coup de tête aux USA avec See Joon Hui...preuve qu'elle a évolué et mûri tout au long du drama, et au vu de sa propre situation, cela paraît légitime.

On comprend donc à la fin qu'il s'agissait d'une fuite de See Joon Hui qui n'en pouvait plus de supporter des difficultés, encore et encore, et qui a donc coupé les ponts de manière unilatérale.

Le drama se termine finalement avec des retrouvailles "clandestines" en Corée du Sud sur l'île de Jeju où Jin-Ah a déménagé pour tenir un B&B avec son amie. Que les héros choisissent de vivre ensemble en Corée loin des parents de Jin-A, aux Etats-Unis ou de poursuivre leur relation à distance, cela importe peu finalement.
Le mérite de cette conclusion est que l'héroïne a fait ses propres choix de vie, indépendamment de toute pression familiale ou liée à son couple. Ce qui peut "revenir au même" pour certains téléspectateurs mais a tout son intérêt dans le contexte du drama.

S'agissant des personnages secondaires, il est à regretter qu'ils n'aient pas été davantage développés, en particulier le père de Jin-Ah qui aurait mérité d'être présenté sous un meilleur jour, ainsi que la soeur de See Joon Hui : meilleure amie de Jin-Ah depuis l'enfance, le personnage s'éteint de plus en plus et l'on ignore presque tout d'elle à la fin, si ce n'est qu'elle a repris un café-librairie. Son personnage aurait mérité une attention particulière.

Enfin, l'humour qui caractérise souvent les seconds rôles dans les k-dramas est ici absent (ou alors ne m'a pas du tout marqué). Les personnages s'oublient d'autant plus facilement et les scènes secondaires peuvent être aisément "zappées". A noter qu'il n'y a pas de rivalité tenace inutile créée pour rallonger le drama, les personnages sont constants dans leurs sentiments et dans leurs décisions et font face ensemble pendant 15 épisodes, jusqu'à l'épisode final de la rupture et des retrouvailles.

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Points positifs :
- les acteurs principaux, qui réussissent admirablement à nous emmener dans leur histoire (j'étais sceptique au départ concernant le physique "très jeune" de l'acteur principal - bien qu'il ait 31 ans dans la vraie vie)
- peu de personnages "tête à claque" à l'exception de la mère de Jin-Ah, constante dans son attitude (je n'ai pu m'empêcher de repenser au k-drama Secret Garden - ici la mère semble regretter son comportement vis à vis de sa fille à la fin car elle se rend compte qu'elle la perd tout à fait, à tous les niveaux, mais il n'empêche que sa position vis à vis de son ex-futur-gendre reste la même.)
- la photographie et le rythme du drama,
- sa bande originale (notez le petit clin d'oeil du drama au célèbre film "Singing in the rain" dans les premiers épisodes ;-))
- la magnificence des premiers sentiments d’un couple trentenaire au cours des 5 premiers épisodes, décrits avec pudeur et délicatesse, mais de manière adulte. Exit la "fausse pudeur" habituelle des k-dramas qui rend souvent les histoires d'amour très édulcorées et peu crédibles.

Points négatifs :
- la longueur et le rythme des épisodes : 1h20 c'est beaucoup trop
- la longueur de certaines scènes qui n'est pas toujours justifiée
- le caractère répétitif de la BO, trop peu étoffée. Elle aurait gagné à avoir au moins trois morceaux "phares" de plus.
- l'absence de développement de vrais personnages secondaires

Series romanticas na Netflix Something in the Rain

Note globale : 14/20

Si vous n'avez pas peur d'être spoilé ou souhaitez revivre des bons moments du drama, je recommande cet article avec ses GIF : https://www.soompi.com/article/1153559wpp/moments-pretty-noona-buys-food-make-us-feel-like-falling-love 




mercredi 17 septembre 2014

The Happiness Project by Gretchen Rubin

Le livre de Gretchen Rubin est une vraie bouffée d'oxygène. Au travers de son expérience Opération Bonheur, l'auteur met en exergue nos propres démons, ce qu'on oublie régulièrement, ce qui nous fait défaut, ou ce qu'on ne prend pas le temps de faire ou de penser, par manque de temps ou d'envie.

Par exemple à titre personnel, il m'arrive souvent de dire des choses que je regrette ensuite, parce que je me rends compte qu'elles pouvaient être blessantes pour mon interlocuteur. Le pire est qu'on n'a en général ce comportement qu'avec les personnes les plus proches et auxquelles on tient le plus. Soit on refoule ses mots et on les ressort plus tard, dans un contexte assassin peu enviable - qu'on regrette, forcément - soit on exprime ce qu'on a envie de dire au moment où ça sort - et on le regrette aussi.
Faut-il pour autant écarter de sa vie toute relation de proximité un tant soit peu viable, afin d'éviter toute déconvenue ?


Extrait des bonnes résolutions de GB 
http://www.gretchenrubin.com

Agir avec énergie
N'attendre ni compliments, ni louanges
Avoir une bonne estime de soi
Se fâcher à bon escient
Donner des preuves d'amour
Travailler intelligemment
Profiter du présent
Se détendre
Rire de bon coeur
Être satisfait de son sort
Faire des projets
Sortir des entiers battus
Prendre le temps de s'amuser
Consacrer du temps à l'amitié
Être présent, généreux
Savoir renoncer à quelque chose
Consommer responsable
Stimuler l'esprit
Faire attention
S'adonner à une passion

Dans l'esprit "how to make good habits and break bad ones", je rajouterai quelques conseils adaptés à notre époque connectée :

  • Réduire son activité Facebook (et sur Internet en général) : parvenir à s'y connecter 3 fois par semaine maximum (même sans avoir de vie)
  • Ne pas se projeter dans la vie d'autrui : chacun a SA vie et il faut savoir faire la part des choses - surtout dans les moments de déprime.
  • Faire la liste des éléments positifs : qualités, dons, passions...voir le côté positif de la vie plutôt que ses carences par rapport aux autres, à un standard...etc. Plus on est dans la surenchère, plus on est malheureux. Mieux vaut une vie toute simple à une vie passée sur les nerfs rongé par son ambition ou ses désirs non satisfaits.





mercredi 20 août 2014

Kaguya-hime no monogatari - Isao Takahata


Synopsis Premiere.fr  :

"Une minuscule princesse, Kaguya, «la princesse lumineuse», est découverte dans la tige d'un bambou. Élevée par un vieux coupeur de bambou et son épouse, elle devient une séduisante jeune femme. De la campagne lointaine jusqu'à la grande capitale, sa beauté suscite l'engouement auprès de tous ceux qui la rencontrent et fascine en particulier cinq nobles prétendants, qui vont devoir relever d'impossibles défis dans l'espoir d'obtenir sa main... Le temps venu, elle devra finalement affronter son destin..."



(Le commentaire qui suit contient des spoilers !)

Un coupeur de bambou trouve une petite créature ressemblant à une princesse dans une tige de bambou et décide de la ramener chez lui. Sa femme, en la prenant dans ses mains, provoque la transformation de la créature en un être humain nouveau-né. Le couple décide alors de garder l'enfant et s'aperçoit que ce dernier gagne plusieurs années en quelques jours. 
La petite fille grandit et apprend vite, au contact de ses parents adoptifs et de ses amis de la forêt. La famille est heureuse.
Un jour, le père découvre au sein d'une tige de bambou de l'or qu'il met de côté mais fait mine d'ignorer. Il découvre ensuite plus tard de riches tissus et se décide à interpréter ces évènements comme un signe du destin de la princesse. Avec sa femme, ils décident de faire construire un palais dans la capitale et d'y élever leur fille adoptive, selon le rang auquel ils la croient destinée.


La fillette quitte ses amis de la forêt, la mort dans l'âme, et s'attache bien gré mal gré à parfaire son éducation royale auprès d'une dame de la Cour. La proximité avec ses parents est proscrite, les jeux et les rires bannis, le fard confinant au travestissement de rigueur. Tout ce qui constituait le sel de sa vie n'est plus : la princesse vit désormais recluse et seule dans ses appartements.
Elle rêve parfois à un échappatoire, où elle échoue à retrouver la vie d'enfant qu'elle a tant aimée.


"Nous sommes tous obligés pour rendre la réalité supportable d'entretenir en nous quelques petites folies."

(A l'ombre des jeunes filles en fleurs, Proust)


Son statut de princesse, sa légitimité est bientôt remise en question, les méchancetés de la Cour ne manquent pas. Se présentent des prétendants, imbus de leur personne, voyant en Kaguya un trophée à ajouter à leur collection. Celle-ci donne alors à chacun un défi impossible à relever, qui les conduira tous d'une manière ou d'une autre à leur perte. La princesse se croit l'instrument de leur malheur et ne peut supporter cette idée.
Lorsque l'empereur tombe sous son charme et insiste pour en faire une de ses nombreuses épouses. Kaguya désire plus que tout au monde disparaître de cette Terre qui la réduit à un simple objet d'apparat et de convoitise.


La Lune l'appelle alors pour annoncer son prochain retour. C'est à ce moment-là qu'elle se rend compte de son erreur : aussi imparfait soit le monde terrestre, elle ne veut pas quitter son foyer, ses parents, ni même la réplique illusoire de son monde d'enfant dans le jardin. Elle ne veut pas oublier les sentiments et les tourments qu'elle a éprouvés. 
Lorsque les siens viennent la chercher et la revêtent du manteau de plumes, Kaguya n'oppose plus aucune résistance à rentrer. On la croit déjà amnésique mais une fois partie, elle se retourne les larmes aux yeux pour contempler cette Terre qui l'a accueillie.

"Nous ne savons jamais si nous ne sommes pas en train de manquer notre vie."  

(Jean Santeuil, Proust)


L'interprétation de cette fable n'est pas aisée : allégorie sophistiquée de la folie du matérialisme, évanescence de la beauté, préoccupations écologiques chères au studio Ghibli à travers la vénération de la nature... Quel message Takahata cherche-t-il à faire passer ?
Cette adaptation du conte semble aborder une foule de problématiques, sans aller au fond du sujet : 
  • La beauté : la princesse Kaguya, après avoir grandi en quelques jours, semble arrêter de vieillir alors qu'elle devrait approcher les 40 ans à la fin du conte.
  • Le matérialisme : la relation qu'elle entretient avec ses parents et en particulier son père semble s'évaporer au fil du temps. L'intensité, l'importance de ce lien bien souligné en début de conte, ne parvient plus à émouvoir à la fin, lors de son départ. Comment peut-elle avoir des regrets de les quitter, après des années d'"absence émotionnelle"?
  • Le lien spécial avec la nature : la princesse étant quasiment "née" d'une pousse de bambou, son lien spécial avec la nature apparaît en filigrane tout au long du film. Cependant, ce leitmotiv semble ne mener nulle part. Comment est-elle venue sur Terre exactement, pour quels motifs? Que signifie réellement son départ? Quelle erreur a-t-elle commise? Son retour sur la Lune est-il positif ou négatif?


Les indices disséminés dans le film ne sont que des pierres jetées à la mer, auxquelles le spectateur ne parvient pas à se raccrocher. Le "destin" de la princesse Kaguya semble tout aussi nébuleux qu'au départ. Et si c'était parce qu'il n'y avait pas de destin ?

Après avoir visionné cet anime, je n'ai pu m'empêcher de faire le lien avec la philosophie sartrienne. La princesse Kaguya aurait gagné à avoir pour père adoptif un existentialiste ! Le coupeur de bambou attribue à la jeune fille un destin en fonction de son essence, de "là d'où elle vient". Tombée du ciel et comblé de richesses matérielles, il y voit un signe des dieux mais également un formidable ascenseur social pour sa famille. La société décrite dans le conte est divisée en classes qui déterminent et définissent l'Homme dès sa naissance. Tout ignares et nouveaux riches qu'ils sont, le vieux coupeur de bambou va s'employer à fabriquer le destin de la petite Kaguya, car après tout, l'argent peut tout acheter.
Finalement, que peut-on lui reprocher? Il n'a fait que saisir une opportunité qu'il n'aurait jamais cru possible ou imaginable dans le monde dans lequel il vivait avant de croiser sa route.

Pourtant, à partir du moment où elle est jetée dans le monde terrestre, Kaguya se sent responsable de ce qu'elle fait, des hommes qu'elle va envoyer à la mort. Non libre de déterminer la conduite de sa vie mais condamnée à être responsable.  Sartre aurait peut-être dit qu'elle est de mauvaise foi, elle s'est pliée aux règles de la Cour, elle s'est comportée en objet, laissant enfouie derrière elle une part de son humanité.


Cependant, les épreuves qu'elle a traversées n'étaient-elles pas préférables au retour à une vie sans souvenirs, sans regrets, sans véritables sentiments? Les sentiments font mal mais l'on ne conçoit pas le bonheur sans le malheur, la tristesse, le chagrin. L'amour fait souffrir. Ainsi en va-t-il au moins de la vie sur Terre.


"On ne connaît pas son bonheur. On n'est jamais aussi malheureux qu'on croit."

(Du côté de chez Swann, Proust)

Une foule de questions restent en suspens et peut-être Takahata n'est-il pas allé au bout de sa démarche, de ce à quoi nous avons l'habitude. Il ne faut pas oublier qu'il s'agit d'un auteur beaucoup plus ancré dans le réel que Miyazaki, son comparse de Ghibli. Que le réalisateur du Tombeau des Lucioles, Pompoko et Omoide Poroporo (ces deux derniers tristement méconnus) se penche sur un conte populaire de la littérature japonaise, peut interpeller. Le réalisateur repart de zéro et se remet en question.
La musique de Joe Hisaishi est magnifique, mélancolique à souhait. Le travail à l'estampe est remarquable : au bout de quelques minutes de films, la poésie qui se dégage de l'écoute et du visionnage nous fait oublier l'aspect particulier de la technique utilisée. Un film qui mérite qu'on prenne le temps de se poser pour l'apprécier.

Pour découvrir le conte original "The Tale of the Bamboo Cutter